IntroduK'ShuN - Part I -

IntroduK'ShuN - Part I -
C'était donc ça Edenuglen. L'odeur de l'herbe humide, le soleil éblouissant, une pâle fraîcheur d'aurore, un monde sans taille. Gigantesque. Un tout de couleurs et de paysages. Mon coeur s'emballe. Ma respiration se hâte. Dire qu'il y a quelques minutes j'étais encore...

Un jour de pluie. Klm nous avait invité chez lui. Le point de ralliement des jours de pluie. Ces jours où l'on reste enfermé chez soi cherchant une quelconque occupation pour passer le temps.

- Voici ma chambre, pas la peine de retirer vos chaussures. Installez-vous, nous avait-il dit.

Il le disait à chaque fois, mais chacun avait déjà ses habitudes à force de venir. C'était une pièce moyenne aux murs blancs. Une bibliothèque modeste et un canapé-lit se logeait dans un coin. Au centre, une table ronde avec le jeu posé dessus. C'était une bande de potes qui se connaissaient bien, tous soudés. Moi je venais quand mes vacances me le permettaient. Dans ce lot, trois s'en détachaient nettement, Miko, Siro et Klm, des surnoms bien sûr. Nous avons tous un surnom, choisi ou non. Il peut dater de la nuit des temps ou d'à peine trois jours, un surnom est quelque chose qui vous prend dans l'âme et ne vous lâche plus. Une sorte d'entité postérieure qui vous colle à la peau. Le mien était Mayou, un surnom auquel je m'étais fais au fil des années.

- Bon, chacun sa place, et celle-là c'est la mienne, avait dit Miko, un grand brun au regard charismatique, avant de rester debout accoler contre la bibliothèque, feuilletant un livre.

Sur le sol, les jambes en tailleur, je scrutait le jeu. Un plateau en bois qui semblait daté de quelques siècles, où étaient gravées neufs cases sur neuf. Sur le côté se tenaient les figurines. Au milieu de la case centrale, une branche semblait sortir du jeu lui-même, comme si le plateau avait été sculpté d'une seule pièce. Cette branche portait trois orbes bloquées et imprenables. Le tout en noir et blanc. Une fascination pour le plateau naquît, comme si cette pièce de bois était dotée d'une histoire, comme si elle avait vécue mille vies et autant de morts.
Siro commençait ses blagues douteuses qu'il affectionnait tant. L'atmosphère, bien que détendu, me semblait étrangère. Je les connaissais depuis peu, à part Klm. Il y avait Willy à côté de moi, un garçon qui respirait l'intelligence et la ruse, dont le regard semblait analyser chaque portion de la pièce et du plateau. Ensuite il y avait Yannou, un néo-beau gosse déjanté qui passait son temps à vanner Gomgom, dont la carrure forçait au silence. Nous étions sept en tout. Les regards se croisaient, mais revenaient inlassablement sur un même point, le jeu. Klm intercepta le mien et un sourire se dessina sur son visage.

- Je vous présente Edenuglen. Autrement dit, la réalité de vos rêves, commença Klm.
- C'est l'ancêtre méconnu des échecs, continua Miko.
- Encore un jeu d'intello, lança Gomgom.

Le rire nous prit. Gomgom était quelqu'un dont la naïveté et la franchise rappelait l'enfance. Cela contrastait légèrement avec sa musculature...

- On ne vous racontera pas comment il est venu en notre possession. L'histoire est longue et le temps nous fait défaut. Nous avons mis un an et demi pour apprendre à y jouer, et ce jeu ne supporte aucun mode d'emploi, dit Klm.
- Tu m'étonnes, on a lutté pendant des jours entiers, plaça Siro en donnant un léger coup de coude à Klm, comme pour lui rappeler les souvenirs.
- On se connaît tous, ici. Pour certains, depuis la primaire. On s'est toujours dit que si un jour un d'entre nous avait un problème, on serait là. Aujourd'hui, il est l'heure d'être présent et de tenir notre promesse. Car le problème, c'est le jeu, dit Miko.
- Attends une minute, quel genre de problème? demanda Gomgom.
- Pas celui qui se règle par un coup de téléphone. Cela peut vous paraître dingue, mais ce jeu, c'est le rêve d'un bon nombre de gens. Pour faire court, il est la porte ouverte vers un nouveau Monde, expliqua Klm d'un ton sérieux.
- Et elle est où la caméra? C'est finit la blague, on peut passer à autre chose? demanda Yannou dans un sourire gêné.

Le sérieux dont faisait preuve le trio d'amis devant nous invitait au silence. Ce n'était pas une blague. Pas cette fois-ci. Ils nous expliquèrent rapidement les règles de bases, en précisant qu'ils n'étaient sûr de rien. Le jeu révèle parfois des surprises incompréhensibles. Chaque joueur devait choisir l'une des neufs figurines, puis passer la porte. Ensuite, ils incarnaient le personnage de leur figurine acquerrant ainsi des pouvoirs précis. Le terme était difficile de compréhension : réceptacle d'expérience. Une des qualités connue des figurines. Je m'en souciais guère tant j'étais fasciné, mais ce n'était pas le cas de tout le monde. Certains restaient sceptiques. Voyager vers un autre monde, et devenir quelqu'un d'autre. Comment croire cette possibilité, dans notre monde actuel? Mais personne n'osa ouvrir la bouche, sauf une personne.

- Minute, interrompit Willy. Vous êtes déjà entré dans le jeu donc?

Silence, puis.

- Deux fois. Nous avons déjà choisi nos figurines.

Ce n'était définitivement pas une blague. Le jeu était réel, ce nouveau Monde existait vraiment. Ils l'avaient déjà visité. La fascination était désormais collective et sans nul doute.

- Et la quatrième personne? continua Willy.

Il était d'une étrange perspicacité qu faisait sourire. En effet, il manquait quatre figurines sur l'un des côtés du jeu. Les trois se regardèrent, et comme un accord, sourirent.

- Tu as mis le doigt sur le problème, dit Miko.
- En même temps, c'est pour ça que tu es là, renchérit Siro.
- Je dois dire deux ou trois petites choses, qui sont des plus importantes, avant de répondre à ta question. Le jeu, du moins ce que nous en savons, se présente ainsi : Deux côtés ennemis. Dans chaque côté, il y a quatre sortes de figurines qui se répondent entre elles. Ce sont en fait les personnages que nous incarnons. Nous avons appris que les pions servaient au parrainage, mais nous ne savons pas ce que c'est. Et une dernière, unique, la pièce maîtresse du jeu : la figurine du Roi. Si il n'y a qu'une seule règle à retenir, c'est celle-là : le jeu s'arrête lorsque le Roi meurt.

# Posté le lundi 30 janvier 2006 05:40

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 09:39

IntroduK'ShuN - Part II -

IntroduK'ShuN - Part II -
Miko et Siro scrutaient nos réactions d'un visage impassible tandis que Klm nous annonçait les règles d'un air sérieux. Ils ne plaisantaient pas. Vraiment pas.

- Mourir... dans le jeu ou dans la vrai vie? demanda Gomgom d'un ton tremblant qui ne collait pas à sa taille gigantesque.
- Les deux, répondis-je comme un réflexe. C'est bien ça, non?

Un nouveau silence gêné. Tous regardaient le plateau. Ils manquaient quatre figurines, ils en restaient cinq.

- La partie commence réellement à la première rencontre entre les deux côtés ennemis. L'objectif est ensuite de tuer leur Roi. Cependant, celui-ci reste enfermé dans son château imprenable. Pour le provoquer, il faut réussir en premier lieu les trois quêtes des Trois Orbes. Lorsque l'un des deux camps accomplit les quêtes, s'engage la bataille du Ragnarock. Le combat final, notre seule chance de tuer le Roi, commença Klm.
- Tout allait bien, jusqu'à notre première confrontation. On visitait les Terres d'Edenuglen, c'était fabuleux. Mais à la seconde visite, les problèmes vinrent. L'un d'entre nous fut enlevé, continua Miko.
- Saeri, elle nous avait suivi. Elle avait pris le Roi, enchaîna Siro. Nous ne connaissions pas les règles, et nous n'avons pas fais attention. Puis... Nous n'étions pas du tout préparé à ce genre d'éventualités. Le camp ennemi avait déjà trouvé leur forteresse, alors que nous n'en connaissions pas l'existence. Ils n'étaient que trois, mais ils possédaient des connaissances que nous n'avons même pas encore. Il nous faut de l'aide pour la sauver, ou finir le jeu avant qu'elle ne meure. Lorsque le jeu se termine, tous les personnages vivants retournent chez eux au plus vite.
- Comment êtes vous sortis du jeu? demanda Yannou qui n'avait plus du tout envie de rire.
- Chaque figurine permet un retour dans notre monde. Un retour seul et unique, même s'il peut être utiliser collectivement. Enfin collectivement... Nous ne savons pas combien de personnes peut supporter un retour. Généralement, il est utilisé pour lire les trois Quêtes dans les Orbes. Cela oblige les joueurs à aller jusqu'au bout du jeu. Il faut donc user de ce retour à bon escient, et ne pas en faire n'importe quoi.

Nous étions emportés comme dans un rêve. Nous ne contrôlions plus rien, et pourtant nous devions agir. Au plus vite. Un sentiment de camaraderies emplissait nos c½urs. Nous étions amis, nous allions devenir compagnons. Un troupe dans un nouveau Monde, avec un but. Il fallait sauver Sarah, ou plutôt Saeri, notre Reine. Plus besoin de penser si c'était une blague ou une histoire extravagante. La réalité était en face de nous, nous allions franchir le pas entre nos rêves et Edenuglen. Plus de papiers, de crayons et de dés. Voilà ce à quoi je pensait. Nous allions devenir nos personnages, tant de fois imaginés. Nous choisîmes tous une figurine. J'allais être l'assassin, une figurine noire. Notre groupe était formé ainsi : Trois figurines noires avec Miko en conjurateur, Gomgom en barbare et moi en assassin. Puis quatre figurines blanches, Klm en sorcier, Siro en paladin, Yannou en barde et Willy en constructeur/navigateur.
Il restait une figurine noire, celle de l'alchimiste. Une réserve, en cas de pépin quelqu'un pourrait revenir pour amener un nouveau compagnon. Nous en avions décidé ainsi.

Avant de partir, Miko, Siro et Klm nous firent marquer nos noms en lettres de sang sur une vieille feuille usée. "C'est une des seules matières que l'on peut emporter avec nous dans Edenuglen" avait dit Klm. Après une petite coupure sur le doigt, j'imprégnais le dessous de ma figurine de mon sang, afin de tamponner ma feuille. Cela marquait notre engagement dans l'aventure, on ne pouvait plus faire marche arrière. Le silence n'était plus le même. Le silence gêné avait fait place à un silence déterminé, enveloppé d'un mélange d'appréhension et de hâte.

- Ceci sera comme une fiche personnelle. Dans le jeu, elle se remplira toute seule. C'est un moyen que nous avons découvert pour connaître l'état de nos compagnons à tout moment. Dessus seront marqués nos réussites, nos défaites et notre santé. Cela est mieux de savoir comment va un de nos compagnons si l'on devait se séparer. Faites des échanges entre vous, avait enchérit Miko.

Je fis échanges avec Yannou, Gomgom avec Willy et Miko avec Klm. Siro, quand à lui, possédait la fiche de Saeri. Avec des gestes d'une lenteur et d'un calme extrême, Klm prit une sorte de pastel noire. Comme s'il procédait à un rite, il traça les contours d'une porte sur son mur. Dans un murmure incompréhensible, il prononça une sorte d'incantation. Les traits se mirent à briller, et une véritable porte apparut. Une porte ancienne en bois rustique, gravée de symboles inconnus, sur lesquels sillonnaient des runes. Malgré la luminosité dégagée par l'incantation, personne ne fermait les yeux, trop absorbés à regarder ce magnifique spectacle, aussi intense qu'inattendue.

- Messieurs, à vous l'honneur, dit-il.
- Hop hop hop, c'est moi le premier, dit Siro en rigolant. C'est parti les filles.

L'un après l'autre, ils passaient la porte. Miko vient me voir juste avant et me fixa du regard.

- On ne se connaît pas depuis longtemps, mais... le feeling est passé, pour ma part. Et puis, tu as l'air de bien aimer Saeri, hein? me dit-il avec un clin d'½il.
- Oui... répondis-je en rougissant et voulant changer de sujet, impressionné par les intuitions de Miko. T'as déjà un démon, de l'autre côté?
- Bakeru, un démon sombre et polymorphe, un peu à mon image. Il peut me servir d'arme ou de protection, mais aussi à des fins plus ou moins utiles... enfin tu verras bien.

Enfin mon tour. Je passais la porte, laissant derrière moi Miko, et son regard que je sentais posé sur moi.

# Posté le lundi 30 janvier 2006 08:21

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 09:38

Interlude - La Rivière Azure

Interlude - La Rivière Azure
Sombre. Humide. Une grotte, peut-être. Un faible halo de lumière devant moi, une sortie. Un craquement. Une étincelle et une gerbe de flammes vives devant mon visage. Un visage qui se dessine derrière le voile de feu, Klm me tend la torche. Il pose sa main sur mon épaule, nous devons sortir de la grotte. Les autres sont déjà dehors, nous les rejoignons après que Miko ait lui aussi traversé la porte. Une porte identique à celle qu'avait dessiné Klm il y a quelques instants. Aussitôt, sur la paroi irrégulière de l'endroit, la sublime ouverture redevient un simple tracé noir, disparut dans une pluie de lumière. Quelques pas et nous voila réunis.

S'offre à mes yeux un spectacle inoubliable. Un grondement sourd, une cascade azure, où des dragons cristallins parcouraient le chemin aqueux, de haut en bas et de bas en haut, comme si l'apesanteur n'avait jamais existé. La rivière qui naissait de la chute semblait dormir d'un sommeil pur. Aucune onde ne la chatouillait. Doucement je me suis approché, accroupi face à ce sol transparent. Peut-être pouvais-je marcher dessus? Les terres d'Edenuglen m'étaient inconnues, mon imagination vagabondait sans retenue. D'un geste lent, j'approchais ma main de l'eau. Klm posa sa main sur mon épaule et me chuchota à l'oreille

- Je ne pense pas que le gardien de la Rivière Azure te laisse pénétrer en son sein si facilement. Ce lieu est la convoitise de bon nombres de chasseurs et d'apothicaires. Les premiers veulent ses trésors, les deuxièmes veulent ses secrets.

Il me sourit. Il comprenait ma fascination. Mes yeux se posèrent sur la cascade, où sans relâche les petits dragons allaient et venaient. De quel gardien parlait-il? Klm se releva et s'adressa au groupe.

- Bienvenue à Edenuglen, Terre de magie et de périples, où à chaque seconde vous serez mis à l'épreuve et...
- C'est bon, c'est bon, coupa Siro. On a du chemin à faire, beaucoup de chemin. Tu ne nous as pas ouverte la porte la plus proche d'Axan, bravo le sorcier!

Devant l'incompréhension du groupe, Miko prît la parole d'un air amusé.

- Axan est une des villes que nous avons visité. Plus précisément, c'est une cité marchande avec un énorme port. D'après nos observations, beaucoup de transactions marchandes et financières passent par Axan. Ce genre de cité regorge d'informations, utiles ou non. A nous de faire le tri. Comme toutes grandes villes, c'est aussi un endroit idéal pour les voleurs et autres charlatans. Aussi faites attention à vous. La plupart des guildes ne font pas de cadeaux. Il est plus aisé d'y entrer que d'y sortir.

Les yeux écarquillés, je buvais les paroles de ces trois amis qui avaient déjà voyagés sur les Terres d'Edenuglen. Je voulus m'asseoir et respirer ces odeurs si fraîches de la nature, contemplant le parcours frénétique des dragons. Un silence dansait autour de moi, une valse. A gauche, puis à droite, me laissant parfois le son de quelques bribes de paroles, quand Gomgom explosa:

- Regarde comment je suis habillé! Je ne peux pas me trimbaler comme ça, c'est ridicule!

Gomgom venait de remarquer qu'il avait complètement changé de style vestimentaire. Torse nu, un énorme tatouage couvrait son épaule gauche. Sa main gauche, portant une bague à chaque doigt excepté le pouce, semblait coupé du reste de son corps par un massif bracelet noir qui semblait avoir été forgé sur son poignet. Un pantalon resserré sur ses chevilles par des bandes était accompagné d'une moitié de tunique sombre accroché à sa ceinture, le tout accompagné de chausses en bois attachées par de fines cordelettes. Cela n'échappa pas à Siro qui se mit à rire.

- Edenuglen se permet de faire ressortir ta personnalité, allant jusqu'à modifier ton apparence. Je penses que nous en saurons un peu plus au fil des voyages. Personnellement, j'ai un tatouage sur la fesse, si quelqu'un peut m'aider à en découvrir la signification...

Tout le monde éclata de rire. Siro avait le don de détendre l'atmosphère. Je regardais la scène d'un oeil amusé. Pour ma part, Edenuglen m'avait donné une tenue correcte, commune, avec pourtant un jeu de cartes attaché à ma ceinture. Je n'osais pas l'enlever de son emplacement. Klm, lui, avait une grosse veste parcourue de motifs anciens et indescriptibles, tout à fait son style. Willy, un tricorne de toute beauté et des bottes que n'importe qui auraient aimé avoir. Miko, pour sa part, portait un long manteau en cuir, qui soulignait une fois de plus le mystère de l'entourait. Et Yannou... Yann??

- Où est passé Yann?!

Tout le monde se retourna vers moi. Personne n'avait remarqué son absence, absorbé par ce qui nous entourait. Parcourir seul ces Terres inconnues étaient d'un grand danger, même pour une personne aussi débrouillarde que Yann. Le stress commença à monter au sein du groupe. Cela faisait maintenant deux personnes du groupe à sauver. A l'écart du groupe, j'aperçus Miko parler avec Klm. Sans attendre, et d'une voix plus forte qu'à l'accoutumé, Klm nous ordonna de se réunir. Nous allions partir.

- Tu veux laisser Yann tout seul!? explosa Gomgom.

Miko fixa Gomgom droit dans les yeux, mettant fin à sa colère. Plus une parole ne fut prononcée, et le groupe se mit en marche.

# Posté le jeudi 09 février 2006 05:32

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 09:35

La Plaine des Mogous - Part I

La Plaine des Mogous - Part I
Mélange de peur et de découverte. Cette peur de l'inconnu qui nous fait pourtant envie. C'était cette sensation qui devait parcourir la plus grande partie du groupe. Ils avaient tous les yeux grands ouverts, examinant la moindre parcelle de ce décor magnifique. Cette plaine était infini. Nous n'étions que de vulgaires fourmis dans ce Monde créé par la magie des Dieux. Une longue couverture d'herbe fraîche réchauffant la Terre et ses mystères. Par endroit, des bâtisses rocheuses offrant un peu d'ombre à ceux qui le souhaitaient. Un silence religieux, parfois dérangé par les sifflements coupants des vents. Le toit du Monde portait quelques masses blanches, si opaques qu'elles pouvaient supporter un autre Monde sur leurs épaules. Ce qui semblait impossible n'avait aucun sens dans Edenuglen. Peut-être un peuple des cieux nous regardaient vagabonder à l'affût d'une attaque. Les Terres d'Edenuglen avaient-elles des limites à l'imagination?

Klm marchait devant moi de son pas lent et sûr. Il incarnait le calme et la sagesse, et cela paraissait dans sa façon de marcher. Il semblait en communion avec la nature, aussi protégé que je me sentais nu dans ces plaines immenses. Il savait où nous allions, chaque atome d'oxygène, chaque caresse du vent, chaque chuchotement des pierres lui indiquaient le chemin. Cela lui était devenu familier depuis le premier voyage. «  Le Monde possède des langages qu'une simple vie ne peut apprendre ». Il s'amusait à nous le dire alors que tous ces langages lui étaient accessibles. Cela renforçait son côté paisible, cette force tranquille, cette magie puissante qui l'entouraient comme une aura infranchissable. La majesté de la nature dans un être si serein.
Il savait que Yann n'était pas en danger, les arbres lui avaient dit. Ils ne voulaient pas nous le dire, juste nous le sous-entendre. Klm préférait laisser vagabonder les différents sentiments et émotions du groupe. Je le contemplais, il était mon frère de c½ur. Nous nous aimions à l'égal de nos différences. Bien que totalement opposés, nous étions en symbiose. Un seul homme. Un tout. Je trouvais ses paroles cachées et il comprenait mes actes insensés. Ne dit-on pas que l'on apprend à se connaître à travers le regard d'autrui? Cela prenait tout son sens quand nous nous regardions. Là où les autres trouvaient son idée moyenne, je la trouvais excellente. Là où les autres me pensaient fou, il me comprenait et m'aidait dans ma réflexion. Nous étions, nous vivions, nous aimions, tout cela dans un espace blanc et pur, noir et complexe, sans aucun mot, juste des pensées. Je rattrapais ses pas.

- La nature est-elle favorable au passage d'un groupe de novices sur les Terres d'Edenuglen?
- Elle ne fait pas de différence. Si nous la respectons, elle nous respectera. Sa confiance n'est pas donné, nous devons simplement la mériter. Quand à sa protection, je me charge de la négocier. La question est plutôt de savoir si toi tu es favorable à ce passage.

Il avait vu juste. Venir à trois à Edenuglen était totalement différent que de venir avec un groupe entier. Nous étions une cible facile, et nos connaissances trop limitées pour se défendre convenablement. Nous devions rester prudent mais aussi se dépêcher, le temps nous était compté.

- Je protégerais tous ceux que je pourrais protéger, tu le sais bien.
- Je le sais, oui. Mon problème est de savoir si tu te protégeras toi.
- Les problèmes te vont mal. Tu devrais me les laisser.

Il sourit. Je lui rendis son sourire. Nous nous étions compris plus que nous nous étions parlés. Comme un accord sous-entendu, je me mis à l'arrière du groupe, Klm resta devant. Je protégeais nos arrières, il découvrait notre chemin. Obscure lumière.

# Posté le jeudi 09 février 2006 06:53

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 09:37

La Plaine des Mogous - Part II

La Plaine des Mogous - Part II
Un grondement vînt des antres de la Terre. Cette dernière toussa, nous projetant au sol, et cracha d'énormes vers mauves et blancs, ayant pour visage une unique gueule grande ouverte, munie de dents acérées. Ils étaient trois. Trois immenses créatures dépassant l'entendement. Cinq mètre de haut, peut-être plus. Leurs corps s'étaient frayés un chemin dans la Terre aussi facilement que l'on ne pouvait imaginer leur force. Klm n'eut pas à avertir Siro, il était déjà paré à l'attaque, sa main sur la garde de son épée. D'un mouvement rapide, il planta une première fois sa lame. Malgré le rugissement bestial de la créature, ce ne fut pas suffisant. La plaie se referma aussitôt. Le ver se leva de toute sa hauteur, projetant Siro au sol. La situation devenait critique. Mon regard croisa celui de Klm. Dans une langue étrange, il prononça une invocation, la main posée sur le sol. Un bruit sourd s'en suivit, et une prison de roche s'éleva autour du groupe, me laissant en dehors avec Siro. Les autres, trop surpris, restèrent figés, mais ils étaient à l'abri. Deux contre trois, il fallait la jouer serré.
Un des vers plongea vers Siro, encore allongé au sol, sans défense. D'un réflexe, il fut protégé par Bakeru transformé en bouclier. Mes dons de conjurateurs étaient heureusement soutenu par la volonté propre de mon démon. Mais défendre n'allait pas suffire, il fallait désormais attaquer. Mes connaissances du combat étaient limitées, mais j'avais acquis quelques bases en servant d'adversaire lors des entraînements de Siro. Il fallait montrer ce que je valais.
Mon manteau tomba au sol. Concentration. Faire abstraction du monde extérieur et me fixer sur mon démon. Bakeru. Projeter mon imagination dans la réalité. Mes veines devinrent progressivement gris bleuté. Ce que j'appelais la fusion venait de débuter. Je ne maîtrisais pas encore très bien l'utilisation interne de mon unique démon, mais elle se révélait plus efficace qu'un simple utilisation externe. Un frisson parcourut mon dos, comme si je perdais petit à petit le contrôle de mon corps. Mais cela ne me faisait pas peur. Je savais. Sur mes avant-bras se formèrent des lames brillantes, produit de ma créativité et de la capacité de Bakeru. Enfin armé. J'appréciai le style, mais je n'avais pas le temps de penser à çà.
Nous avions déjà rencontré ses créatures auparavant. Nommés Mogous, ces vers variaient de couleur selon l'espèce. C'est tout ce qu'avais pu nous dire un paysan à leur sujet lors de nos précédentes visites. Ceux qui se tenaient devant nous n'avaient qu'un seul point faible : ils devaient être tué de l'intérieur, avant qu'ils ne sécrètent leur acide gastrique. Un timing parfait, adapté pour Siro. Moi... j'allais improviser. Je n'avais pas les mêmes aptitudes, mais étrangement, je n'avais pas peur de mon sort. Le but ici était de protéger le reste du groupe, avec pour seul objectif en tête d'avancer dans l'aventure. La pression me faisait perdre pied dans des pensées qui ne m'aideraient pas à vaincre mon adversaire. Le ver s'approcha. Gueule grande ouverte, il sillonna l'atmosphère d'une telle rapidité qu'il provoqua un sifflement strident. Il faisait noir, je restais seul avec la créature se dirigeant à toute vitesse sur moi. Tout s'éclaira, mon corps se jeta de lui-même dans la gueule béante du Mogou, pour gagner quelques précieuses secondes. Ce fut une boucherie totale, les lames aiguisés de Bakeru tranchaient le ver avant qu'il ne puisse produire son acide fatal. Terminé. Affalé sur le sol, entre les morceaux déchiquetés du ver, Siro me tendit la main pour m'aider à me relever.

- T'en as mis du temps, je me suis tapé les deux autre, un vrai régal cette chair de Mogou. Aussi tendre qu'un bon steak, me dit-il accompagné d'un clin d'½il.
- J'ai toujours eu du mal à démarrer, lui répondis-je d'un ton qui se voulait amusé, mais qui ne l'était pas vraiment.

Un deuxième grondement se leva de la Terre. Cette fois-ci, c'était la prison de pierre qui s'écroulait lentement, comme si les roches mourraient et retournaient dormir paisiblement.

- On aurait pu vous aider! nous lança Gomgom, d'une voix tremblante qui trahissait sa peur.
- Tu te serais fais de dessus, rétorqua Siro. Nous n'avons que quelques bases de combat, et vous n'avez encore rien. Edenuglen n'est pas de tout repos.

Je contemplais la discussion d'un air perplexe. Comment arriver à former une troupe de combattants, alors que nous étions déjà en désavantage? Il fallait trouver le meilleur moyen de préparer nos frères d'armes, tout en progressant nous-mêmes dans nos acquis. Des acquis si faibles...

- Arrête de penser, me dit à voix basse Klm, pour que personne l'entende. Chaque chose en son temps.
- Nous n'avons pas de temps, justement.
- Et quelle solution proposes-tu? Tu n'en as pas, et moi non plus. Nous ne pouvons qu'avancer jusqu'à Axan. Une fois arrivés, nous verrons pour la suite des évènements. Fais moi confiance.
- Tu sais très bien que je te fais totalement confiance, comme tu sais que je la donne très rarement. Mais je ne peux m'empêcher de penser que l'ennemi est beaucoup mieux préparé que nous, et j'ai... un mauvais pressentiment. Peut-être mon statut de conjurateur...
- Alors dépêchons-nous. Ton mauvais pressentiment doit certainement être pris au sérieux. Ne tardons pas dans ces plaines, nous faisons une proie trop facile.

Il avait encore lu dans mes pensées. Il était le seul du groupe à avoir compris le regard noir que je portais. Le silence revint dans le groupe. Nous reprîmes la marche, sans prononcer le moindre mot.

# Posté le jeudi 09 février 2006 06:53

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 04:07