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La Plaine des Mogous - Part II

La Plaine des Mogous - Part II
Un grondement vînt des antres de la Terre. Cette dernière toussa, nous projetant au sol, et cracha d'énormes vers mauves et blancs, ayant pour visage une unique gueule grande ouverte, munie de dents acérées. Ils étaient trois. Trois immenses créatures dépassant l'entendement. Cinq mètre de haut, peut-être plus. Leurs corps s'étaient frayés un chemin dans la Terre aussi facilement que l'on ne pouvait imaginer leur force. Klm n'eut pas à avertir Siro, il était déjà paré à l'attaque, sa main sur la garde de son épée. D'un mouvement rapide, il planta une première fois sa lame. Malgré le rugissement bestial de la créature, ce ne fut pas suffisant. La plaie se referma aussitôt. Le ver se leva de toute sa hauteur, projetant Siro au sol. La situation devenait critique. Mon regard croisa celui de Klm. Dans une langue étrange, il prononça une invocation, la main posée sur le sol. Un bruit sourd s'en suivit, et une prison de roche s'éleva autour du groupe, me laissant en dehors avec Siro. Les autres, trop surpris, restèrent figés, mais ils étaient à l'abri. Deux contre trois, il fallait la jouer serré.
Un des vers plongea vers Siro, encore allongé au sol, sans défense. D'un réflexe, il fut protégé par Bakeru transformé en bouclier. Mes dons de conjurateurs étaient heureusement soutenu par la volonté propre de mon démon. Mais défendre n'allait pas suffire, il fallait désormais attaquer. Mes connaissances du combat étaient limitées, mais j'avais acquis quelques bases en servant d'adversaire lors des entraînements de Siro. Il fallait montrer ce que je valais.
Mon manteau tomba au sol. Concentration. Faire abstraction du monde extérieur et me fixer sur mon démon. Bakeru. Projeter mon imagination dans la réalité. Mes veines devinrent progressivement gris bleuté. Ce que j'appelais la fusion venait de débuter. Je ne maîtrisais pas encore très bien l'utilisation interne de mon unique démon, mais elle se révélait plus efficace qu'un simple utilisation externe. Un frisson parcourut mon dos, comme si je perdais petit à petit le contrôle de mon corps. Mais cela ne me faisait pas peur. Je savais. Sur mes avant-bras se formèrent des lames brillantes, produit de ma créativité et de la capacité de Bakeru. Enfin armé. J'appréciai le style, mais je n'avais pas le temps de penser à çà.
Nous avions déjà rencontré ses créatures auparavant. Nommés Mogous, ces vers variaient de couleur selon l'espèce. C'est tout ce qu'avais pu nous dire un paysan à leur sujet lors de nos précédentes visites. Ceux qui se tenaient devant nous n'avaient qu'un seul point faible : ils devaient être tué de l'intérieur, avant qu'ils ne sécrètent leur acide gastrique. Un timing parfait, adapté pour Siro. Moi... j'allais improviser. Je n'avais pas les mêmes aptitudes, mais étrangement, je n'avais pas peur de mon sort. Le but ici était de protéger le reste du groupe, avec pour seul objectif en tête d'avancer dans l'aventure. La pression me faisait perdre pied dans des pensées qui ne m'aideraient pas à vaincre mon adversaire. Le ver s'approcha. Gueule grande ouverte, il sillonna l'atmosphère d'une telle rapidité qu'il provoqua un sifflement strident. Il faisait noir, je restais seul avec la créature se dirigeant à toute vitesse sur moi. Tout s'éclaira, mon corps se jeta de lui-même dans la gueule béante du Mogou, pour gagner quelques précieuses secondes. Ce fut une boucherie totale, les lames aiguisés de Bakeru tranchaient le ver avant qu'il ne puisse produire son acide fatal. Terminé. Affalé sur le sol, entre les morceaux déchiquetés du ver, Siro me tendit la main pour m'aider à me relever.

- T'en as mis du temps, je me suis tapé les deux autre, un vrai régal cette chair de Mogou. Aussi tendre qu'un bon steak, me dit-il accompagné d'un clin d'½il.
- J'ai toujours eu du mal à démarrer, lui répondis-je d'un ton qui se voulait amusé, mais qui ne l'était pas vraiment.

Un deuxième grondement se leva de la Terre. Cette fois-ci, c'était la prison de pierre qui s'écroulait lentement, comme si les roches mourraient et retournaient dormir paisiblement.

- On aurait pu vous aider! nous lança Gomgom, d'une voix tremblante qui trahissait sa peur.
- Tu te serais fais de dessus, rétorqua Siro. Nous n'avons que quelques bases de combat, et vous n'avez encore rien. Edenuglen n'est pas de tout repos.

Je contemplais la discussion d'un air perplexe. Comment arriver à former une troupe de combattants, alors que nous étions déjà en désavantage? Il fallait trouver le meilleur moyen de préparer nos frères d'armes, tout en progressant nous-mêmes dans nos acquis. Des acquis si faibles...

- Arrête de penser, me dit à voix basse Klm, pour que personne l'entende. Chaque chose en son temps.
- Nous n'avons pas de temps, justement.
- Et quelle solution proposes-tu? Tu n'en as pas, et moi non plus. Nous ne pouvons qu'avancer jusqu'à Axan. Une fois arrivés, nous verrons pour la suite des évènements. Fais moi confiance.
- Tu sais très bien que je te fais totalement confiance, comme tu sais que je la donne très rarement. Mais je ne peux m'empêcher de penser que l'ennemi est beaucoup mieux préparé que nous, et j'ai... un mauvais pressentiment. Peut-être mon statut de conjurateur...
- Alors dépêchons-nous. Ton mauvais pressentiment doit certainement être pris au sérieux. Ne tardons pas dans ces plaines, nous faisons une proie trop facile.

Il avait encore lu dans mes pensées. Il était le seul du groupe à avoir compris le regard noir que je portais. Le silence revint dans le groupe. Nous reprîmes la marche, sans prononcer le moindre mot.

# Posté le jeudi 09 février 2006 06:53

Modifié le mercredi 04 juillet 2007 04:07

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